N.Kazantzaki 

 

LE LYS ET LE SERPENT

 

Traduction de Jacqueline Moatti-Fine, Editions du Rocher, 1990

 

 

12 juin

     Je Te vois devant moi T'élever comme la fleur étrange d'une merveilleuse floraison de chair. Ton corps svelte connaît le secret que connaissent les lierres qui s'entrelacent. Et quand Tu marches et quand Tu te penches vers moi et quand Tu ouvres les lèvres et quand Tu fermes les yeux et quand Tu T'abandonnes, l'entrelac des lignes de Ton corps est chant et musique. Dans Ton étreinte se cachent les secrets des désirs éternels et dans Tes yeux vogue l'énigme des mers.
     Et de Tes lèvres tombe goutte à goutte le Poison des grands baisers. De Toi jaillit et de Ton corps se déverse l'ardeur mystérieuse des Aimants.
     Je Te vois devant moi, dans le désert de ma vie, T'élever comme un palmier nourri par la chaleur de mes envies.
     Tu es belle. Belle comme le péché et belle comme la Mort. Depuis Ta gorge blanche, mon long désir, O Amour au Long Voile, T'habille et descend sur Ta poitrine et s'enroule étroitement sur Tes hanches et emprisonne Tes cuisses et descend jusqu'à Tes pieds.
     Je Te regarde avancer, moulée dans mes désirs, très lentement et légèrement comme un rêve qui a peur de se réveiller. Tu avances doucement, très doucement - et je mets ma main devant moi et je baisse mes paupières - ô joie des yeux ! - pour mieux Te voir.

 pp. 50-51.